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: 15/04/2008

: 8 1945    02, 2008 11:15 pm

8 1945 1938 1941 1945 1947 ( ) 8 1945

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RAPPORT[align=left]
À Monsieur le Ministre Plnipotentiaire
Gouverneur Gnral de l'Algrie
de la Commission charge de procder une
enqute administrative sur les vnements
qui se sont drouls dans le dpartement de
Constantine les 8 mai 1945 et jours suivants
____________
La Commission a t institue par arrt gubernatorial du 18 mai 1945. Elle est compose
de
M. le Gnral TUBERT, membre de l'Assemble Consultative provisoire, Prsident
MM LABATUT, Avocat Gnral la Cour d'Appel d'Alger
TALEB Choaib Ould Benaouda, Cadi de Tlemcen
Membres
Aux termes de l'article 1er de l'arrt, la Commission tait charge de procder
une enqute administrative sur les vnements qui se sont drouls dans le dpartement
de Constantine les 8 mai 1945 et jours suivants.
Le samedi 19 mai, dans l'aprs-midi, les services du Gouvernement Gnral avisaient
officiellement les membres de la Commission de leur dsignation, mais M. le
Cadi TALEB qui rside Tlemcen, ne pouvait tre averti que tlgraphiquement et,
raison des difficults des communications, il n'a pu rejoindre Alger que le jeudi 24 mai.
En attendant M. le Cadi, M. le Gnral TUBERT et M. LABATUT dcidaient un
plan de travail qui tait approuv par M. TALEB son arrive Alger.
La Commission partait pour Stif le vendredi matin 25 mai, elle gagnait Constantine
le samedi aprs-midi en passant par Chevreul, un des centres les plus prouvs par
l'insurrection. Par communication tlgraphique du samedi 26 mai 19 heures, transmise
par le Prfet de Constantine, la Commission tait invite revenir de suite Alger.
Les membres de la Commission ont quitt Constantine le lundi matin 28 mai pour arriver
Alger dans l'aprs-midi o ils ont t reus en audience par M. le Ministre Plnipotentiaire,
Gouverneur Gnral de l'Algrie et M. le Secrtaire Gnral du Gouvernement.
Antrieurement son dpart d'Alger et notamment les mardi, mercredi et jeudi
22, 23 et 24 mai, les deux membres de la Commission prsents Alger avaient eu des
conversations relatives leur mission avec diverses personnalits de l'Administration,
notamment le Directeur des Affaires Musulmanes du Gouvernement Gnral et le Directeur de la Scurit Gnrale, les personnalits du milieu colon et du monde musulman, dlgus financiers, conseillers gnraux, cadis.
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La Commission unanime avait dcid de faire une enqute objective, de n'tayer
son rapport et ses conclusions que de faits prcis dment prouvs ou tout au moins gravement prsums et d'indiquer dans son travail d'ensemble les sources de ses renseignements.
Elle projetait de faire une premire tourne rapide de 5 6 jours en enqutant
succinctement dans les principaux centres d'meutes, puis de revenir Alger mettre au
point cette premire documentation qui lui aurait procur une vue d'ensemble. La
Commission serait ensuite repartie pour mener son enqute plus minutieusement et plus
en dtail.
Elle avait manifest sa volont, non seulement de se faire communiquer les rapports
administratifs ou policiers et de provoquer des remises de notes par les personnes
dont elle recevait les dclarations, mais encore elle avait commenc Stif et aurait
continu recueillir par procs-verbaux dresss dans la forme administrative les dpositions de personnalits quels que soient leur grade dans la hirarchie administrative ou leur situation politique, toutes les fois qu'une rponse non quivoque devait tre donne, pour tenter d'aboutir la recherche de la vrit.
La Commission a cess de travailler officiellement le samedi 26 mai au soir, ds
qu'elle a reu des instructions de revenir Alger, mais le dimanche 27 mai elle a eu des
conversations avec le Prfet de Constantine, le haut personnel de la Prfecture, des
chefs de la police, le Gnral Commandant la Division, certaines personnes du milieu
colon comme du milieu musulman. Cependant aucun procs-verbal d'audition n'a t
dress, la Commission ne se reconnaissant plus le droit d'enquter dans les formes
qu'elle avait prvues.
M. le Gouverneur Gnral de l'Algrie a bien voulu demander la Commission
de condenser dans un rapport les premiers rsultats d'une enqute qui n'a dur que cinq
jours consacrs surtout des prises de contact avec bon nombre de personnalits appartenant tous les milieux administratifs, politiques et culturels. Ce rapport ne peut donc que donner des indications et des impressions, dont beaucoup n'ont pu tre soumises un contrle rigoureux, ainsi qu'il sera expliqu, mais il permettra croyons-nous de
dgager les grandes lignes de l'objet de l'enqute, les buts poursuivis par la Commission
et de signaler les vrifications qui paraissent s'imposer.
1 RAPPEL SUCCINCT DES FAITS MOTIVANT L'ENQUÊTE.
À Stif, le 8 mai, alors que la population s'apprtait fter la fin des hostilits, de
sanglants incidents se droulent : 29 europens taient assassins. Des meutes clataient
par la suite dans le dpartement de Constantine, prenant le caractre dans certaines
rgions d'un vritable soulvement.
De nombreuses victimes taient sauvagement massacres.
Dans la mme journe du 8 mai le car de Bougie Stif tait attaqu ; le bordj de
la commune mixte de Takitount tait envahi par les indignes qui s'emparaient des armes
; l'Administrateur, son adjoint, le Receveur des P.T.T. taient tus et l'agitation gagnait
la rgion environnante ; un prtre tait assassin El Ouricia ; des fermes brles
et d'autres immeubles saccags Sillgues. Le centre d'An-Abessa tait attaqu.
Le 9 mai des bandes armes sillonnent la rgion de Djidjelli, assassinent quatre
gardes forestiers et leurs familles et tuent quatre autres personnes La Fayette. Le centre
de Kerrata est livr au pillage, le juge de paix et sa femme sont assassins ainsi que
huit autres personnes.
Autour de Guelma des fermes sont assaillies et plusieurs colons tus. Le centre de
Chevreul 40 km au N.E. de Stif est entirement incendi, la population se rfugie la
gendarmerie o elle soutient un sige de 30 heures : 2 colons prissent.
Le 10 mai le village d'Aokas (commune mixte d'Oued Marsa), la gendarmerie de
Tessara ; le bordj et la poste de Fedj-M'Zala sont encercls.
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À Oued Marsa deux franais sont tus ; les communications tlphoniques sont
interrompues dans la rgion ; deux autres gardes forestiers sont assassins.
La voie ferre est coupe aux environs de Duvivier.
Il faut aussi signaler des manifestations le 8 mai Batna, Biskra, Khenchela,
Bne avec jets de pierre sur les immeubles ou les agents du service d'ordre. Plusieurs
agents ont t blesss.
À partir du 13 mai, l'ordre se rtablit peu peu, mais jusqu' ces jours derniers on
signale encore des incendies de btiments dpendant de fermes isoles et de rares attentats contre des personnes, ainsi que des lignes tlphoniques coupes.
Au total, d'aprs les renseignements fournis la Commission par le service de la
Scurit Gnrale 102 europens ont t assassins, plusieurs femmes, dont une de 84
ans, ont t violes. Les cadavres, dans la plupart des cas ont t affreusement mutils,
les parties sexuelles coupes et places dans la bouche, les seins des femmes arrachs et
les meutiers s'acharnaient sur les cadavres pour les larder de coups de couteau.
Les troupes, sous le commandement du Gnral Duval qui est la tte de la Division
territoriale de Constantine, ont d intervenir. Des lments marocains, sngalais et
de la Lgion Étrangre ont t amens pour rprimer les meutes. Le Gnral Duval a
dclar verbalement la Commission qu'au cours des oprations de rpression 12 militaires avaient t tus et 20 blesss.
Dans la rgion des Babors, au Nord de Stif, l'meute a pris l'allure d'une dissidence.
Les troupes appeles pour rtablir l'ordre taient accueillies, devant certains
douars, coups de fusil ou mme d'armes automatiques, ce renseignement nous a t
donn tant par le Gnral Commandant la Division que par un Lieutenant-colonel de la
Lgion Étrangre et par le Prfet de Constantine.
Les colons de Chevreul, qui sont tous des petits ou moyens colons le plus riche
possde 200 ha qui travaillent eux-mmes leurs fermes, nous ont dclar que depuis
46 ans, date de la cration de ce centre, aucun incident mme minime n'avait spar la
population franaise de la population musulmane et que les archives de la Justice de
paix de Prigotville pourraient l'attester.
Cependant les colons ont reconnu parmi les assaillants leurs domestiques de
ferme dont certains avaient t levs par eux depuis leur plus bas ge et qui taient
employs parfois depuis 30 ans.
Aucun musulman n'avait averti les colons d'un danger possible, encore que ceuxci
souponnassent, des conciliabules et des attitudes rserves, qu'il se tramait quelque
mouvement.
Il nous a t affirm par les colons et confirm par des bergers indignes que les
assaillants ont attaqu le centre de Chevreul, compos d'une douzaine de maisons, aux
cris de Djihad, Djihad ! (guerre sainte).
Les colons ont d se rfugier la gendarmerie o ne se trouvaient que deux gendarmes
arms de deux mousquetons. Ils avaient emport leurs fusils de chasse et ont pu
repousser les assaillants jusqu' l'intervention de la troupe qui les dlivrait.
La Commission a pu constater que deux cloisons de briques, l'intrieur de la
gendarmerie sparant trois pices avaient t traverses par le mme projectile tir de
l'extrieur.
Si les scnes les plus violentes se sont droules d'une part Stif et dans la rgion
au Nord et N.E. de cette ville et d'autre part autour de Guelma, il est certain qu'
peu prs tout le dpartement a t secou par une vive agitation durant les journes qui
ont suivi le 8 mai et que des rassemblements menaants d'indignes ont t signals,
notamment El Arrouch, Jemmapes, Oued Amizour, Cond Smondou, Chateaudun, El
Milia, Oued Znati (rapports de police communiqus par la Prfecture).
Ces vnements ont motiv l'ouverture d'une information judiciaire militaire. Il
appartient la juridiction militaire de rechercher et de juger tous auteurs et complices de
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toutes les infractions pnales commises ou rvles par les vnements depuis le complot
possible contre la sret de l'État jusqu'au port d'armes prohibes.
Mais la Commission administrative qui n'entendait nullement empiter sur les attributions des juges militaires, pensait que sa mission tait de rechercher les causes profondes du soulvement, les explications du succs de la propagande anti-franaise, les
responsabilits tant de complaisance qui avait pu se manifester vis--vis de cette propagande que de carence ou d'inertie la signaler ou la combattre. De mme elle se proposait de rechercher si les mouvements dont les vnements ont fait apparatre la virulence pouvaient tre prvus, si toutes les prcautions avaient t prises pour les juguler aussi bien localement que dans tout le pays et si lors du droulement des meutes, toutes les Autorits avaient fait leur devoir avec sang-froid et diligence. Enfin la Commission pensait qu'elle devait aussi enquter sur la rpression qui a suivi les meutes, sur sa lgalit et son tendue comme sur les circonstances de fait qui l'ont entoure.
2 "CLIMAT PSYCHOLOGIQUE" DE L'ALGÉRIE AVANT LES ÉVÈNEMENTS.
Il est inutile d'insister longuement sur un tat d'esprit navrant et bien connu. Alors
que la fraternit de tous les Algriens, musulmans ou non, tait atteste sur les champs
de bataille et que l'tendue de leurs sacrifices prouvait leur vaillance et leur fidlit la
France, que les rgiments de tirailleurs, retour de la Mtropole, se plaisaient raconter
l'accueil enthousiaste reu lors de la libration de la Patrie (propos rapports la Commission par le Prsident de la Dlgation spciale de Stif), il paraissait en Algrie se creuser depuis plusieurs mois un foss qui dressait comme deux masses hostiles les populations europennes et musulmanes. Il ne se passait de jour o sur un point du territoire algrien des incidents, des injures, voire des coups, opposaient musulmans et europens.
Des provocations et des menaces n'pargnaient ni les femmes ni les enfants : jets
de pierre la sortie des coles lancs par de jeunes indignes sur des franais, injures
sur les marchs et dans les voitures de transport en commun, hsitations de musulmans
loyaux de se promener avec des europens de crainte de passer pour "pro-franais",
chez les meilleurs, dsaffection de l'Administration qui reprsente la France, paroles
non dissimules de haine ou de rvolte, bandes qui dans les villes interdisaient aux musulmans de frquenter les cafs o des Franais taient assis, interdiction aux femmes
musulmanes de travailler chez les "Franais".
La Commission a d'ailleurs constat que souvent les europens rpliquaient par
des termes de mpris et que le vocable "sale race" rsonnait trop frquemment
l'adresse des indignes, que ceux-ci n'taient pas toujours traits, quel que soit leur rang
social, avec un minimum d'gards, qu'ils taient l'objet de moqueries ou de vexations.
En ce qui concerne plus particulirement le dpartement de Constantine, la Commission
croit devoir signaler trois faits raconts la Prfecture ou la Direction de la
Scurit Gnrale : un instituteur de la rgion de Bougie donne comme modle d'criture
la phrase suivante : "Je suis Franais, la France est ma patrie" et les jeunes musulmans
modifient d'eux-mmes le modle et crivent : "Je suis Algrien, l'Algrie est ma
patrie". Un autre instituteur fait un cours sur l'Empire Romain. Quand il parle des esclaves,
une voix s'lve et s'crie : "Comme nous". Enfin une partie de "foot-ball" Bne a
d tre arrte par crainte d'meute, parce que les quipes en prsence taient composes
l'une exclusivement de musulmans et l'autre exclusivement "d'europens" et que le
public menaait d'en venir aux mains suivant que l'une ou l'autre des quipes prenait
l'avantage.
Si les lments d'information succincts runis par la Commission ne permettent
pas de prciser la profondeur dans les masses musulmanes de l'hostilit signale, la multiplicit de renseignements parvenus permet d'affirmer que les dmonstrations de cet
tat d'esprit couvraient tout le territoire algrien.
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